Une ordonnance oubliée… et c’est le drame pour cet enfant !

Chère lectrice, cher lecteur,

Lorsque cette maman consulte pour un problème en apparence anodin, elle n’imagine pas qu’une simple « étourderie » de sa part aurait des conséquences aussi dramatiques.

Tout commence quand Théo, son enfant de 17 mois, développe une tache sur le ventre, à quelques centimètres du nombril.

À ce moment, ce petit garçon enjoué, comme tous les enfants de cet âge, ne soupçonne pas encore qu’il sera au cœur d’une situation extrêmement angoissante pour ses parents.

Du tea tree, des antibiotiques…
mais la plaie continue de grossir

Quelques semaines plus tôt, il avait été pris en charge à l’hôpital pour une diarrhée et il en était ressorti sans diagnostic précis, seulement des hypothèses sur la nature vraisemblablement virale de cet épisode.

Puis, quand une petite plaque rosée apparaît sur le ventre de l’enfant, la maman décide d’appliquer du tea tree sur la tache, selon les conseils d’une spécialiste de reiki.

La maman ne voyant aucune amélioration, prend rendez-vous chez son médecin.

Le médecin s’appuie alors sur les suppositions de la maman : « Docteur, je suis sûre qu’il a attrapé ça à l’hôpital, c’est un microbe de l’hôpital. »

De ce fait, et compte tenu que la lésion n’est pas inquiétante, que risque-t-on à prescrire une antibiothérapie pendant 8 à 10 jours ?

C’est ce que fait le médecin, et c’est probablement ce que j’aurais aussi fait, puisque cela ressemblait à un impétigo…

Mais à l’issue de ce traitement, la dermatose ne fait que s’agrandir… et la maman oublie d’en parler à son médecin. Rassurée par la consultation, elle se dit que les choses rentreront bientôt dans l’ordre.

Ce n’est qu’au bout de 15 jours que la maman se décide à me consulter.

Comment une « banale » erreur
a mis Théo en situation critique

Théo souffre maintenant de cette dermatite atopique depuis 3 à 4 mois. Comme à l’accoutumée, je regarde son carnet de santé, je questionne et j’examine l’enfant.

Rien n’est inquiétant, son état de santé est excellent, il n’a aucun autre symptôme que cette tache de 3 centimètres, recouverte de squames jaunâtres, qui visiblement ne semble pas être autre chose qu’un impétigo.

À la question « est-ce que votre enfant a déjà reçu des antibiotiques ? », elle me répond avec certitude : « non, pas du tout ! ».

Faute d’éléments supplémentaires, je prescris donc un antibiotique, l’amoxicilline.

Or il s’avère que le médecin généraliste avait déjà prescrit sans succès le même antibiotique que moi…

La maman l’ignorait, car c’est le papa qui avait emmené l’enfant chez le médecin, et il ne lui avait rien dit.

Grave erreur…

Grosse frayeur en découvrant
cette photographie

Je n’ai pas de nouvelles de la maman pendant 15 jours, jusqu’à ce vendredi soir, où elle m’envoie un e-mail avec une photographie.

Pourtant, j’aurais dû en être informé au huitième jour du traitement antibiotique, qui était bien évidemment inefficace. Cela aurait changé la prise en charge.

Sur la photographie du ventre de l’enfant, je vois une masse de 4 cm de long et 2 cm de large, bombée, succulente, extrêmement vascularisée qui ne peut certainement pas être une pathologie infectieuse.

Le premier diagnostic que je porte, c’est celui d’une tumeur maligne.

Celui qui a déjà vu ce type de lésions s’en souvient toujours, croyez-moi, et j’en ai vu de semblables lorsque j’étais étudiant, puis interne dans le service de chirurgie pédiatrique.

Cette évolution en deux temps avec une phase initiale peu active puis une poussée évolutive avec l’apparition de ce gros nodule, indolent, pose en effet la question d’une tumeur rapidement évolutive que l’on voit chez les enfants.

Ceux-ci ont en effet la particularité de voir apparaître des tumeurs d’origine embryonnaire que l’on appelle des blastomes.

Comme j’étais en déplacement pour un congrès, j’appelle immédiatement la maman.

Coup de fil urgent chez
mon ami radiologue

Si j’avais eu l’information que l’enfant avait déjà reçu un traitement antibiotique, mon attitude initiale aurait été tout autre.

Il aurait fallu faire une échographie abdominale. C’est un examen simple, indolore, mais qui peut déceler des masses intra-abdominales.

En cas de cancer, le temps joue un rôle important. Rendez-vous compte : retarder le délai de prise en charge d’un mois peut parfois réduire les chances de succès d’un traitement de 50 %.

Je téléphone donc tout de suite à un ami radiologue pour obtenir cette fameuse échographie indispensable, même si nous étions déjà en fin de semaine.

Car, il faut ne pas laisser la famille dans l’incertitude trop longtemps. Pendant cette période de doute, tout peut arriver : des avis divergents peuvent être donnés et des recommandations farfelues peuvent être proposées.

Ma crainte, c’est que cette lésion, qui a mis deux à trois mois à s’affirmer, soit une métastase d’un des cancers les plus fréquents chez l’enfant.

On parle souvent du néphroblastome (ou tumeur de Wilms) qui est une tumeur maligne du rein courante chez l’enfant de moins de 6 ans. Il représente entre 5 % et 14 % de l’ensemble des cancers de l’enfant (1 cas toutes les 10 000 naissances, près d’une centaine de cas par an en moyenne en France).

Mais je pense aussi au neuroblastome, qui est la tumeur maligne la plus fréquente de l’enfant et qui se révèle par des métastases sous-cutanées dans environ 1 cas sur 3.

Ces métastases se présentent comme des nodules fermes et indolores, mamelonnés et mobiles par rapport aux plans profonds. Elles prennent fréquemment un aspect violacé entouré d’un halo de vasoconstriction.

Pourquoi j’insiste toujours sur ce point auprès de mes patients

L’enfant obtint l’échographie tant attendue le samedi matin, et dès le lundi à 8 heures, il était au cabinet pour que je réalise une biopsie, ce prélèvement du tissu de peau qui donne avec précision la nature de la tumeur…

Je ne vous en dirai pas plus. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’un manque de communication dans cette famille a causé un retard de diagnostic de trois semaines.

S’il y avait eu un dossier pour cet enfant, c’est-à-dire une chemise cartonnée dans laquelle on met le carnet de santé, les prises de sang et les ordonnances, il n’y aurait pas eu, pour la deuxième fois, prescription d’une antibiothérapie inutile, ni perte de temps.

Ce n’est pas pour rien que je dis et répète à mes patients qu’il est vital de toujours garder toutes leurs analyses dans un dossier, classé par ordre chronologique.

Bien à vous,

Pr Philippe Humbert





6 réponses à “Une ordonnance oubliée… et c’est le drame pour cet enfant !”

  1. SAWADOGO Ramata dit :

    Bonjour Professeur.
    Après vous avoir lu,je suis contente d’avoir toujours eu ce réflexe de garder toujours les ordonnances et examens médicaux depuis des années. Merci de nous rappeler cette importante disposition.merci
    Professeur, une échographie de la thyroïde a montré la présence de trois nodules de différentes grosseurs. Plus d’une personne me déconseille l’intervention chirurgicale. Que me conseillez-vous,Professeur ? Merci.

  2. Christine dit :

    Bonjour
    Votre publication est intéressante mais IMPOSSIBLE de trouver les sources.
    Pourriez-vous les mettre s’il vous plaît.
    Merci

    • Florent dit :

      Bonjour Christine,
      Le Pr Humbert ne s’appuie pas sur des sources externes pour vous relater cela, mais sur sa propre expérience. Il partage une histoire personnelle, qu’il a lui-même vécue avec l’un de ses patients.
      Amicalement,
      Florent

  3. Kita Bilange dit :

    Je viens de commander votre livre format papier sur les huiles essentielles. Je voudrai savoir si ma commande est bien passée car je suis très intéressée.

  4. Dupuy Guylaine. Épouse Magamootoo dit :

    Merci Professeur pour les conseils bien avisés qui alertent la famille de cet enfant.
    Pour le suivi tout est bien clarifié et la méthodologie est importante.
    Encore merci 🙏🕊️

  5. annie BENHAMOU dit :

    Oui vous avez TELLEMENT RAISON .
    C’est tellement BASIQUE ….
    La CONSCIENCE est au final RARE !!
    Bien à vous …

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