Bientôt la mort du BIO ?!

Chère lectrice, cher lecteur,

Ils sont en train de tuer le bio… et on nous fait croire que tout va bien.

Qui ça, « ils » ?

Les industriels, les supermarchés, mais aussi notre gouvernement…

Saviez-vous par exemple que les autorités prévoient de modifier le règlement de l’agriculture biologique européen[1] ? Les parlementaires ont décidé de changer un simple mot dans le règlement… qui permettrait notamment de transformer les petits poulaillers bio en de gigantesques machines à fabriquer des œufs.

Ou encore qu’en achetant certains produits bio, nous finançons en réalité les gros groupes industriels (y compris Bayer ex-Monsanto) ?

Avec mon équipe, je mène l’enquête sur la face cachée du bio depuis plusieurs mois (avant la crise du coronavirus)… et j’ai fait des découvertes effarantes.

Attention, je ne dis pas qu’il faut arrêter de manger bio. L’agriculture biologique est un vrai progrès pour notre santé et pour la planète.

Mais vous devez savoir que le label n’est pas toujours une garantie d’alimentation saine et de respect de la nature. Oubliez l’image de la petite ferme familiale qui cultive ses salades avec amour et laisse ses poules gambader librement dans la basse-cour.

Dans cette lettre, et dans les deux prochaines que je vous enverrai, je vous révèle les dessous parfois scandaleux du bio, mais aussi les pièges à éviter pour continuer de s’alimenter de la meilleure façon possible.

Vous découvrirez notamment :

  • Comment les industriels ont fait main basse sur le bio (et pourquoi désormais vous avez 1 chance sur 2 d’acheter un melon Monsanto)
  • Quelles sont vos (vraies) garanties quand vous achetez bio
  • Les 7 vérités qui dérangent et que les industriels aimeraient beaucoup vous cacher
  • Le bio des grandes surfaces vaut-il vraiment celui des magasins spécialisés ?
  • Des conseils pour acheter des produits vraiment sains et de qualité (le label ne suffit pas toujours) – et sans vous ruiner

8 milliards de bénéfices… pour qui ?

Avec un chiffre d’affaires de plus de 8 milliards d’euros en France en 2017, et une croissance de plus de 17 % par rapport à l’année précédente, l’engouement pour le bio ne cesse de croître. Plus de 9 Français sur 10 indiquent avoir déjà consommé des produits bio et près des ¾ consomment bio de manière régulière. 16 % en consomment même quotidiennement[2].

Vous comprendrez qu’un business aussi juteux attire les industriels de l’agroalimentaire comme des mouches. D’ailleurs toutes les grandes enseignes s’y mettent, de Carrefour à Intermarché en passant par Super U ou même Lidl, au risque d’en effacer les fondements éthiques pour réduire les prix.

« Pour l’instant, la demande demeure si forte que les prix restent corrects. Celui du lait est de 30 à 40 % supérieur à celui du conventionnel. Il ne faudrait pas que, sur le long terme, les prix soient trop tirés vers le bas. Or cela a toujours été la politique des grandes et moyennes surfaces », analyse Marc Benoît, économiste et codirecteur du Comité interne de l’agriculture biologique de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra)[3].

Une fois que la grande distribution aura la mainmise sur ce marché, elle risque de faire pression pour réduire les coûts (et la qualité ?).

Comment les industriels ont mis la main sur le bio

Dans son essai Les tambours de Gaïa se sont réveillés, paru en novembre 2013, Dominique Guillet, fondateur de l’association Kokopelli[4], a lancé un pavé dans la mare :

« En Europe et en Amérique du Nord, la plus grande partie des distributeurs d’aliments “biologiques” a été rachetée par les grands cartels de l’agroalimentaire : Nestlé, Cargill, Coca-Cola, etc. En France, par exemple, Lima et Danival ont été rachetés par Hain Celestial, aux USA, derrière lequel se cache l’argent de Monsanto, Walmart, Philipp Moris, City Group et Martin Lockeed. En France encore, acheter les produits bios Bonneterre, Bjorg, Evernat, Allos, de Tartex, d’Alter Éco… c’est participer à la prospérité du Hollandais Royal Wessanen, l’un des grands groupes européens de l’agroalimentaire. »

Il y affirme également qu’en France encore, 95 % des légumes bio commercialisés sont produits à partir de semences de variétés hybrides F1, créées par les gros industriels de l’agronomie. « Ce qui signifie que le consommateur bio, par exemple, a une “chance” sur deux d’acheter un melon bio “Monsanto/Bayer/Syngenta” puisque ces trois groupes de la chimie possèdent la moitié des 250 variétés de melons inscrites dans le catalogue national du GNIS[5]. »

Un jeu de l’oie sans fin, à la limite de la schizophrénie, qui ne date malheureusement pas d’hier… Coca-Cola prend des parts chez Innocent en 2009 pendant que d’autres géants s’offrent des « alter-entreprises » : Danone avale Stonyfield Farm en 2009, le spécialiste du yaourt bio américain. Monoprix rachète les magasins bio Naturalia la même année.

Ils avalent les entreprises ou empruntent leur image durable à l’instar de la compagnie low cost Transavia, filiale à 60 % du groupe Air France KLM, qui propose désormais une gamme de produits Fairtrade/Max Havelaar.

« L’hypermarché bio est devenu le laboratoire du commerce du futur », dénonce Richard Marietta, président de Nature & Progrès, label bio historique très exigeant (créé avant même l’apparition du logo AB).

Un laboratoire du futur dans lequel tout sera privatisé.

Quand la couleur des tomates devient… payante !

Un exemple récent le montre : les grands semenciers européens ont décidé de privatiser la couleur des tomates ! Ils sont désormais en mesure d’acheter le droit d’utiliser, outre la couleur d’une tomate, la douceur d’un oignon ou les vertus naturelles d’une aubergine[6].

Comment est-ce possible ? C’est une décision de l’Office européen des brevets qui accorde désormais aux multinationales le droit de breveter les organismes non génétiquement modifiés, faisant des propriétés naturelles des plantes des marchandises comme les autres.

Et bien entendu, l’accès aux traits brevetés est… payant. Tous les petits producteurs qui ne pourront pas payer seront hors-jeu, ou traînés en justice et condamnés à payer des royalties. On croit rêver (ou plutôt cauchemarder…

Et ce n’est que le début du cauchemar…

Dans ma prochaine lettre, je vous montrerai quelles sont les vraies garanties des labels AB et Bio Europe, ceux qu’on retrouve sur tous nos produits biologiques.

Vous découvrirez aussi les limites de ces labels, et notamment 7 gros problèmes avec les produits qui présentent ces deux logos.

Je vous donnerai aussi des conseils pour bien choisir vos aliments sans forcément vous fier aux promesses (vous verrez que ce n’est pas si difficile, une fois que l’on est bien informé).

À bientôt !

Amicalement,

Florent Cavaler





[1] Définitivement adopté le 22 mai 2018.

[2] « Baromètre 2018 de consommation et de perception des produits biologiques en France », Agence Bio, Janvier 2019

[3] Claire Lecœuvre, « Quand le bio dénature le bio – Un label agricole toujours moins exigeant », Le Monde diplomatique, juin 2017, p.17

[4] Association française qui distribue des semences, libres de droits et reproductibles, issues de l’agriculture biologique et biodynamique dans le but de préserver la biodiversité semencière et potagère.

[5] Groupement national interprofessionnel des semences et plants.

[6] Une décision de l’Office européen des brevets accorde aux multinationales le droit de breveter les organismes non génétiquement modifiés. Faisant des propriétés naturelles des plantes des marchandises comme les autres.

17 réponses à “Bientôt la mort du BIO ?!”

  1. Francis Baeb dit :

    Bonjour Monsieur Florent Cavaler,
    j’ai lu votre message du 14 09 2020 et les suivants, en prenant connaissance de ces « effroyables trahisons ».

    Il doit y avoir des parts de vérités dans vos propos.
    Toutefois , je relève :

    1. que le pavé dans la mare aurait été lancé par un écrit de Dominique Guillet en novembre 2013 🤔
    Pourquoi ces informations seulement maintenant , en septembre 2020 ?

    2. il y a eu des mouvements sociaux chez Kokopelli avant 2013, dont les compte-rendu sont plutôt sombres.
    Quelle valeur accorder à ce dirigeant de Kokopelli?
    Avez-vous vérifié si ses sources sont correctes ?
    C’est-à-dire vérifier si les actes de reprises officielles de ces sociétés par celles que Kokopelli présente sont corrects?
    C’est , me semble-t-il, la première chose à faire, car il s’agit ici d’un fameux pavé dans la mare.
    Merci de répondre.
    PS : je ne suis pas bio , bien plus: je suis un élément de la Nature.
    Cordialement.

    • Florent dit :

      Bonjour Francis,
      J’ai bien vérifié les informations de mon côté avant de publier cet article. Tout est exact, malheureusement.
      Cela dit, il ne faut pas délaisser tous les produits bio pour autant. Il existe aussi des petits producteurs bio et de marques engagées vraiment soucieux du respect de la nature et de notre santé.
      Amicalement,
      Florent

      • Francis Baeb dit :

        Bonjour Florent,
        merci pour votre réponse , qui est indispensable car la vérité est primordiale.
        Bien entendu, je continuerai à privilégier les authentiques producteurs sérieux , si possible locaux , et petit à petit remplacerai les produits non-avenus par ceux de producteurs respectueux et sérieux.
        Bien à vous.

  2. BACK dit :

    Bonsoir .Je souhaite que l’on interdise le BIO aux groupes industriels ! Ni plus ni moins !

  3. U.Keller dit :

    Toujours la même chose: pas un mot sur la Suisse! Avez-vous étudié le cas suisse (assez différent, cf. nos 2 grandes coopératives (Coop & Migros)? Si non, pourquoi m’envoyer ça? Mon adresse de courriel finit en « .ch », donc … <<<trop compliqué à séparer? alors dösaboonez-moi

    • Florent dit :

      Bonjour,
      La réglementation du bio en Suisse est exactement la même que dans l’Union Européenne. Ce que je dis pour la France s’applique donc également en Suisse.
      Il y a cependant quelques différences avec les labels créés par les supermarchés (comme le label bio de la Migros ou le bourgeon de la Coop, qui ont des exigences plus strictes que celles imposées en Suisse et en Europe, et qui précise systématiquement quand le produit a été cultivé en Suisse).
      Amicalement,
      Florent

  4. Jamila Ziane dit :

    Merci pour ces informations hautement intéressantes. J attends la suite avec impatience!

  5. Katerine dit :

    Merci pour toutes ces désolantes informations… mais il vaut mieux savoir . Je ne sais pas comment on pourrait se proteger dans le futur proche, si vs avez des idées, je suis preneuse ! Merci encore .

  6. Dominique Jahier dit :

    Bonjour,
    Je suis un ancien petit producteur de volaille biologique et tenu par un cahier des charge en 1991. Aujourd’hui depuis que le ministère de l’agriculture a récupéré le label bio j »ai constaté que le nouveau cahier avait diminué de moitié pour les surfaces et nombre de volailles, pour permettre au éleveur label rouge de passer directement en bio avec les mêmes bâtiments et surfaces. Que faire ?

  7. Philippe PRACH dit :

    hélas ! quand je suis rentré dans le bio il y a une trentaine d’années dans les réunions ou les conférences a lesquelles je participais nous le prédisions tout comme le réchauffement climatique . mais comment donner une réelle prise de conscience . perso je n’y suis pas arrivé .maintenant j’ai 62 ans un peu fatigué moralement de tous ces grands groupes attirés que par le profit qui sont haut placé au sein même de nos gouvernements . je pense qu’il faut repenser nos modes de vie dans la globalité . mais ça ?

    • BACK dit :

      Réponse à vous Philippe Prach

      Je suis comme vous et pense comme vous .Je suis consterné de ce qui se passe dans le Bio moi qui suis une fervente de cette Agriculture depuis 1986 ..qui connaît bien Bonneterre ( plus confiance maintenant avec ce qui se passe autour de cette marque ) déçue par Naturalia …..mais qui accorde sa confiance totale à DEMETER , NATURE ET PROGRES , BIOCOHERENCE ….Nous devons sauver le soldat RYAN !! coûte que coûte ! J’ai transmis à mes enfants la connaissance du Bio et ils en prennent acte …

  8. Payet dit :

    Bonjour, j’ai cru lire un cauchemar avec cette lettre. Je paie un lourd tribut à la chimie, empoisonnement par pesticides et divers toxiques, depuis je n’ai plus une vie comme tout le monde… je suis obligée de manger bio c’est pour moi une question de survie. J’ai été épouvantée en lisant votre lettre. Je lirai vos conseils pour continuer de m’alimenter bio en étant sur de manger vraiment du bio. D’avance merci cordialement Patricia

  9. DZIKOWSKI dit :

    bonjour ; oui je suis outré par ce que je vois ces grands groupes prennent le marcher du bio ? c’est toujours la course a l’argent , moi je souhaite c’est laissé faire le petit commerçant son savoir et son talent de vendre les légumes de saisons de maintenir aussi les petits producteurs dans nos régions français . merci

  10. frederic FOUESNANT dit :

    revue très pertinente et conseils de bon aloi.
    continuez dans cet esprit
    un consommateur averti

  11. JEANNE Marie Françoise DULAC dit :

    Pour des raisons personnelles, je connais bien la question depuis des années.
    Je confirme l’intégralité des informations fournies.
    L’opérateur de labellisation ECOCERT, qui détient 80% du marché des labels « BIO » est passé aux mains de Monsanto depuis de nombreuses années, de manière feutrée d’abord, puis légèrement plus visible…..

  12. Christiane Thiébaut Piveateau dit :

    MERCI beaucoup Florent Cavaler pour votre courrier, extrêmement « percutant » sur les produits BIO. J’attends de lire vos 2 prochains courriers pour en savoir plus; mais surtout savoir y reconnaitre le vrai du faux ou du semblant. Bien cordialement,
    Christiane de Haute Normandie

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