Hommage au Pr Jacques Besson
Hommage au Pr Jacques Besson
Chère lectrice, cher lecteur,
J’ai la grande tristesse de vous annoncer que le Pr Jacques Besson s’en est allé vers la lumière samedi 19 septembre.
En février, il nous avait accordé un long entretien dans nos locaux. Cette rencontre reste l’une des plus marquantes qu’il m’ait été donné de faire.
Je garde le souvenir d’un homme profondément bon, de la passion dans sa voix, son verbe flamboyant et souvent malicieux, teinté de ce bon accent vaudois avec lequel il aimait jouer, de la joie qui émanait de lui en toutes circonstances, et de cet esprit du sage qui refuse d’être pris pour tel.
Professeur honoraire de l’Université de Lausanne, pionnier de l’addictologie en Suisse romande, Jacques Besson a dirigé jusqu’en 2018 le Service de psychiatrie communautaire du CHUV.
Promoteur d’une science post-matérialiste et défenseur de la clinique du sens chère à Viktor Frankl, il a réussi pendant plus de 40 ans à jeter des ponts entre des mondes qu’on dit inconciliables : science, spiritualité, médecine, religion, psychiatrie, chamanisme, neurosciences…
Il a notamment co-fondé et dirigé l’Association pour l’exploration de la conscience (APEC), qui organise régulièrement des conférences grand public à Lausanne, ainsi que la Fondation Conscience et Santé Mentale , qui défend les thérapies assistées par psychédéliques.
Pour lui, la spiritualité n’était ni plus ni moins qu’un besoin naturel et universel.
Il la définissait comme une quête de sens par un triple lien : le lien avec soi-même, le lien avec autrui, et le lien avec la nature et l’univers.
Le lien avec autrui, il l’avait éprouvé à l’Armée du Salut, auprès des personnes les plus précaires, où il disait avoir découvert l’invisible de la souffrance humaine.
Il enseignait avec la même générosité devant des étudiants en médecine et des scientifiques que devant le grand public, malades ou simples curieux.

Le Pr Jacques Besson dans les locaux de PureSanté (13 février 2026)
Debout face à la mort, comme un Templier
Lors de notre entretien, Jacques Besson avait accepté, pour la première fois devant les caméras, de raconter sa traversée de la maladie.
Quand le diagnostic était tombé, un cancer de stade IV, les médecins lui avaient donné trois mois à vivre.
« Je n’ai pas peur de mourir », avait-il répondu à son médecin.
Mais ne pas avoir peur de la mort ne l’a pas empêché de vouloir vivre. Sa décision de rester debout face à la maladie fut portée par la force du Templier qu’il avait en lui et qui s’est manifestée en lui comme une vision :
« Apparaissent une petite troupe de Templiers avec un maître Templier devant, qui s’arrête devant moi. Je lui demande ce qu’il faut faire. Il me regarde avec autorité et chaleur et il me dit : un vrai templier ne capitule jamais en rase campagne. »
Il n’a pas capitulé.
Il a montré l’exemple jusqu’à son dernier souffle, en appliquant pour lui-même cette médecine des trois ordres (biomédical, psycho-social et spirituel) qu’il a défendue toute sa vie.
Le mot de la fin
J’aimerais terminer cet hommage par un dernier extrait de notre entretien.
En fin d’émission, je lui avais posé cette question : comment une personne comme vous, qui a regardé la mort en face, peut-elle nous aider à être plus sereins devant elle ?
Je vous laisse avec sa réponse :
« Ce qui m’a le plus aidé, c’est la clinique du sens.
C’est-à-dire, comment est-ce que je peux vivre ce qu’il me reste à vivre, aligné ? Est-ce que je peux aligner mon corps avec mon esprit, ma volonté de vivre et ma bataille ? Et si oui, pour quoi ? Quel sens je veux donner au reste de ma vie ?
J’aime bien cette histoire de mission. Si j’ai une rémission c’est pour la transmission. Il faut avoir un but (…) On provoque un chemin qui va vers le sens qu’on se donne, pour autant que ce sens soit celui du bien commun et de la lumière divine.
Finalement, s’approcher du soi personnel, c’est s’approcher de l’âme du monde et du soi universel. Martin Heidegger disait que l’existence, c’est de l’être jeté dans le temps… On naît, on vit, on meurt.
La question est : as-tu accompli la tâche ? Qu’as-tu fait de ton frère ? As-tu embelli le monde ? Es-tu allé vers toi-même, c’est-à-dire le divin dans l’homme ?
Si on a pu répondre oui à ces questions, il n’y a pas de problème. »
Et quelques mois plus tard, il répondait lui-même à ces questions, dans le magazine des médecins vaudois : « Si je dois comparaître devant l’ange, je dirais que j’ai accompli ma tâche. »
Si ces mots vous ont touchés autant que moi, en hommage à Jacques Besson, vous pouvez regarder l’interview complète (1h23) que nous venons de mettre en libre accès sur notre chaîne YouTube. Je vous invite aussi à retrouver les nombreuses conférences et entretiens qu’il a donnés tout au long de son immense carrière.
Avec Carole et toute l’équipe de PureSanté, nous adressons nos plus sincères condoléances à Hélène, sa compagne, ainsi qu’à l’ensemble de ses proches.
Amicalement,
Florent
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