Dents : l’origine cachée des maladies buccales

Chère lectrice, cher lecteur,

Depuis une dizaine d’années, on parle beaucoup du fameux microbiote intestinal.

Mais ce qu’on sait moins, c’est que notre bouche est elle aussi colonisée par des milliards de micro-organismes.

C’est ce qu’on appelle le microbiote buccal.

Or cet équilibre, très fragile, est au cœur de votre santé bucco-dentaire.

Votre bouche est plus « sale » que la cuvette de vos toilettes

Le microbiote buccal est garant de l’équilibre bactérien dans notre bouche et nous préserve de l’invasion de bactéries pathogènes.

Autrement dit, si votre bouche est occupée par de bonnes bactéries, les mauvaises ne pourront pas s’installer.

La salive joue un rôle essentiel dans cet équilibre.

Elle hydrate et nourrit la muqueuse buccale et contient en moyenne 750 millions de bactéries par millilitre[1].

Celles-ci permettent de tenir en respect les bactéries pathogènes responsables des caries et des maladies parodontales[2]. La bouche est donc la première ligne de défense de l’organisme contre les micro-organismes pathogènes, en relation étroite avec le système immunitaire.

En tout, votre bouche abrite 10 milliards de bactéries et plus de 500 espèces différentes[3]. C’est plus que dans la cuvette de vos toilettes[4] !

Tout va bien quand ce sont de bonnes bactéries qui cohabitent en équilibre…

Mais imaginez ce qui peut se passer quand l’équilibre est rompu et que des bactéries pathogènes envahissent votre bouche.

Un repaire de pirates niché dans vos dents

Ces bactéries pathogènes sont très bien organisées. Elles se regroupent pour former un biofilm qu’on appelle plaque dentaire.

Cette plaque dentaire est invisible, mais c’est pourtant la pire ennemie de votre santé buccale.

Elle est constituée de protéines de la salive, de bactéries, de sucre et d’acides qui se déposent chaque jour sur vos dents et vos gencives.

Dans ce biofilm, les bactéries vivent en réseau, comme une petite ville : elles s’entraident en échangeant des facteurs de résistance.

Cette organisation hyper structurée la rend résistante à tous les produits chimiques et médicament. Seuls les moyens mécaniques peuvent en venir à bout.

Plus vous attendez avant de nettoyer vos dents, plus ce biofilm devient résistant… et pathogène.

Après 48 heures, les bactéries auront construit une sorte de forteresse indestructible à partir des sels minéraux de la salive : c’est le tartre, une trame irrégulière et poreuse qui abrite de plus en plus de micro-organismes.

Et le cercle vicieux commence : le tartre étant poreux, la plaque dentaire y adhère davantage et donne naissance à encore plus de tartre… qui servira de refuge à de nouvelles colonies de microbes, et ainsi de suite.

C’est comme ça que votre bouche devient peu à peu (et à votre insu) un lieu malfamé, un repaire de pirates occupé par des milliards de bactéries malveillantes.

Carie, parodontite, cancer… le début de la fin ?

Si vous ne rétablissez pas l’équilibre de votre microbiote rapidement, celui-ci pourra alors provoquer différentes maladies :

  • Les caries : elles proviennent de l’interaction entre les sucres et des bactéries produisant des acides. C’est une maladie infectieuse qui peut provoquer la destruction complète de la couronne et des racines.
  • Les maladies parodontales : c’est l’une des maladies les plus courantes dans le monde[5], notamment à partir de 50 ans. Cette infection s’attaque à la gencive et ronge peu à peu la racine de vos dents. Les dégâts sont souvent irréversibles et peuvent conduire à la perte de vos dents.
  • Les aphtes : elles touchent 20 % de la population et seraient associées à une diminution de la flore protectrice dans la salive et sur la muqueuse buccale
  • Certains cancers oraux
  • Certaines maladies virales (herpes, papillomavirus…)

Toutes ces maladies doivent être prises au sérieux, car elles peuvent avoir des conséquences graves sur vos dents, mais aussi sur le reste de votre corps.

Ça commence par un saignement de gencive… et ça finit avec Alzheimer !

Le problème, c’est que les bactéries pathogènes ne se contentent pas de rester bien sagement dans votre bouche.

Le tissu infecté d’une maladie parodontale peut mesurer jusqu’à 72 cm2 !

Depuis ces tissus, les bactéries peuvent facilement atteindre les nombreux vaisseaux sanguins présents dans la gencive.

Au moindre saignement, elles risquent de s’infiltrer dans votre circulation et voyager un peu partout dans votre organisme : cœur, cerveau, poumons, artères…

D’après l’Union française pour la santé bucco-dentaire, « des bactéries peuvent entrer dans la circulation sanguine par la bouche et envahir le cœur et les vaisseaux sanguins, produisant une inflammation qui peut contribuer à la maladie cardiovasculaire[6] ».

Ainsi, une maladie buccale peut être un foyer d’inflammation pour le reste du corps et déclencher (ou entretenir) certaines maladies :

  • Maladies cardiovasculaires : l’entrée des bactéries dans la circulation sanguine active la réponse immunitaire inflammatoire, ce qui favorise la formation de plaques d’athérome. Cela augmenterait le risque de développer une maladie cardiovasculaire[7-8].
  • Alzheimer : en 2019, des protéines toxiques provenant de bactéries de la bouche ont été retrouvées dans le cerveau de malades d’Alzheimer[9]. D’autres études suggèrent aussi qu’une mauvaise hygiène bucco-dentaire était un facteur de risque de démence[10].
  • Diabète : la maladie parodontale augmente le risque de développer diabète. Il y a une relation directe entre la gravité de la maladie et les complications liées au diabète[11].
  • Pneumonies : les pathogènes respiratoires peuvent être hébergés dans la plaque dentaire et provoquer à distance une infection pulmonaire. La parodontite induit une inflammation chronique qui favorise la prolifération de pathogènes responsables de maladies respiratoires, pouvant provoquer des pneumonies à répétition[12].
  • Polyarthrite rhumatoïde : certaines bactéries pathogènes de la bouche (notamment Aggregatibacter actinomycetemcomitans) pourraient être impliquées dans le déclenchement de la réponse auto-immune qui précède le déclenchement de la polyarthrite rhumatoïde[13].

Tant que vous ne détruisez pas le foyer infectieux dans votre bouche, celui-ci continuera de propager des bactéries dans votre corps qui peuvent vous rendre malade.

C’est pourquoi, en cas de problème de santé, il faudrait toujours se demander si l’origine n’est pas dans la bouche.

Comment votre microbiote buccal peut se dérégler

Comme je vous l’ai dit plus haut, le microbiote buccal est très fragile.

Il ne faut parfois pas grand-chose pour que les bactéries pathogènes prolifèrent dans votre bouche et dans le reste du corps à votre insu.

Voici quelques éléments qui peuvent favoriser le développement de maladies de la bouche :

  • Une mauvaise hygiène buccale
  • Une alimentation déséquilibrée
  • La prise de certains médicaments (notamment les antibiotiques)
  • Le tabac
  • Le vieillissement (nous y reviendrons plus bas)
  • Une modification du Ph
  • Certains déséquilibres métaboliques, inflammatoires, hormonaux ou immunitaires
  • Le stress
  • Etc.

Heureusement, nous pouvons agir sur la plupart de ces facteurs de risques.

Voici 7 conseils pour éviter, autant que possible, de déséquilibrer votre microbiote buccal.

7 conseils pour éliminer les nids à bactéries

  • Consultez au moins une fois par an votre dentiste pour un détartrage, si besoin est
  • Limitez votre consommation de sucres à index glycémique élevé (aliments sucrés, pains, pâtes…) et favoriser les glucides à IG bas (céréales complètes, légumineuses, patates douces…)
  • Fuyez les boissons sucrées et surtout les sodas (riches en sucres et en acide phosphorique)
  • Mâchez bien vos aliments : les pressions sur l’os stimulent l’amélioration de l’état osseux
  • Privilégiez les aliments riches en fibres : la texture ferme des fruits et légumes crus nécessite une longue mastication qui permet de stimuler votre salivation
  • Après avoir absorbé des boissons ou des fruits acides comme le pamplemousse, rincez-vous la bouche pour éliminer l’acidité (l’acide citrique fragilise votre émail dentaire)
  • Surveillez vos apports en vitamine C (un déficit est corrélé aux parodontopathies) et en vitamine D (son insuffisance favorise les problèmes dentaires ; son apport renforce l’immunité et abaisse l’inflammation).

Amicalement,

Florent Cavaler





[1] Marie-Céline Ray, Les énormes chiffres des petites bactéries, Futura Santé, janvier 2015.

[2] Notamment Porphyromonas gingivalis, Streptococcus mutans ou sobrinus, Tannerella forsythia et Treponema denticola.

[3] Marie-Céline Ray, Les énormes chiffres des petites bactéries, Futura Santé, janvier 2015.

[4] Mobile phones are seven times dirtier than TOILET SEATS, finds new study (and those with leather cases are even filthier!), Daily Mail, Décembre 2018.

[5] Santé parodontale mondiale, FDI, General Assembly September, 2018 in Buenos Aires, Argentina.

[6] « La prévention bucco-dentaire en France, un tournant à prendre », Union française pour la santé bucco-dentaire (UFSBD), novembre 2012

[7] « Relationship between periodontal disease, tooth loss, and carotid artery plaque : the Oral Infections and Vascular Disease Epidemiology Study (INVEST) », Desvarieux M., Demmer R.T., Rundek T., Boden-Albala B., Jacobs D.R. Jr, Papapanou P.N., Sacco R.L.; Oral Infections and Vascular Disease Epidemiology Study (INVEST), 2003 

[8] « Periodontal diseases and cardiovascular events : meta-analysis of observational studies », Blaizot A., Vergnes J.N., Nuwwareh S., Amar J., Sixou M., International Dental Journal, 2009, vol. 59, n° 4 : p. 197-209

[9] Stephen S. Dominy & al., Porphyromonas gingivalis in Alzheimer’s disease brains: Evidence for disease causation and treatment with small-molecule inhibitors, Science Advances  23 Jan 2019: Vol. 5, no. 1, eaau3333

[10] Illievski et al. Chronic oral application of a periodontal pathogen results in brain inflammation, neurodegeneration and amyloid beta production in wild type mice. PLoS One. 2018 Oct 3;13(10):e0204941 

[11] « Efficacy of periodontal treatment on glycaemic control in diabetic patients : a meta-analysis of interventional studies », Darré L., Vergnes J.N., Gourdy P., Sixou M., Diabetes & Metabolism, 2008, vol. 34, n° 5 : p. 497-506

[12] Najla Chebib, Frauke Müller, Virginie Prendki, La pneumonie de la personne âgée et son lien avec l’état bucco-dentaire, Rev Med Suisse 2018; volume 14. 2007-2011.

[13] Maximilian F. Konig & al., Aggregatibacter actinomycetemcomitans–induced hypercitrullination links periodontal infection to autoimmunity in rheumatoid arthritis, Science Translational Medicine, 14 Dec 2016: Vol. 8, Issue 369, pp. 369ra176

[14] Chapple IL, Time to take periodontitis seriously [archive], BMJ, 2014;348:g2645

2 réponses à “Dents : l’origine cachée des maladies buccales”

  1. Genevieve Claireaux dit :

    Je n’ai pu visionner votre vidéo sur la santé buccale ,et j’en suis navrée car celà m’intéresse beaucoup.
    Il m’était spécifié que la conférence était terminée.
    Sinon merci pour votre courrier régulier qui est toujours intéressant.
    Cordialement.

  2. Wagner Pascal dit :

    <Bonjour,
    Merci d'avoir mis à disposition cette conférence ; encore faudrait-il pouvoir la visionner, ce qui n'est pas le cas apparemment. Si vous pouviez corriger ce "bug"
    Cordialement,

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