Quel est le point commun entre une coquille Saint-Jacques et un télescope ?

Chère lectrice, cher lecteur,

La coquille Saint-Jacques est connue pour son goût subtil, mais elle a une autre particularité, beaucoup plus surprenante…

Une étude[1] parue dans la prestigieuse revue Science montre que le mollusque possède l’un des organes visuels les plus complexes du règne animal : 200 yeux d’un millimètre de diamètre qui fonctionnent de la même manière qu’un télescope.

Au fond de chaque œil, des miroirs en trois dimensions réfléchissent et font converger la lumière pour obtenir une image nette sur un champ visuel de 250 degrés (seulement 180 degrés chez les humains !!).

Cette performance extraordinaire pourrait, à l’avenir, inspirer la création de télescopes plus performants.

Vous allez me dire que ça n’a absolument aucun rapport avec la santé naturelle !

C’est vrai, mais cette découverte montre à quel point la nature peut être complexe et inspiratrice pour les hommes. Même là où on le soupçonnerait le moins.

Une plante ingénieur à la NASA ?

Vous connaissez peut-être la célèbre histoire du velcro, inventée en 1948 par l’ingénieur suisse Georges de Mestral, après une promenade en forêt.

De retour à la maison, il remarque une multitude de petites plantes accrochées à ses habits et aux poils de son chien.

En observant ces fruits de plus près, il découvre alors des centaines de petits crochets. La bardane (c’est le nom de cette plante) a mis au point cette « technologie » pour s’accrocher aux animaux et coloniser de nouvelles régions.

Georges de Mestral lui « piquera l’idée » pour inventer le velcro (acronyme de velours et crochet), qu’on retrouve sur les baskets à « scratchs ».

En 1968, cette « invention révolutionnaire » a même été utilisée sur les combinaisons spatiales des astronautes Neil Armstrong et Buzz Aldrin[2].

Sans la bardane, pas sûr que l’Homme aurait posé le pied sur la Lune…

Pourquoi les trains japonais ont des becs d’oiseau

On appelle cette approche le biomimétisme. Elle consiste à s’inspirer de la nature pour créer de nouvelles technologies.

Je pourrais encore vous citer des centaines d’exemples :

  • Léonard de Vinci s’était inspiré des ailes des chauves-souris pour concevoir ses engins volants
  • Nos stations d’épuration modernes s’inspirent des écosystèmes pour nettoyer l’eau
  • Les turboréacteurs des avions ont été imaginés à partir de la forme de la coquille d’un mollusque, le nautile
  • Pour réduire le bruit à l’entrée des tunnels, l’avant des trains à grande vitesse japonais Shinkansen a la même forme que le bec du martin-pêcheur
  • Etc.

Et ce n’est pas tout.

On a tendance à oublier que la médecine aussi s’inspire de la nature pour confectionner de nouveaux médicaments.

Les médicaments sont des « copies » de la nature

Quand on découvre un nouveau principe actif dans une plante, les laboratoires s’empressent de recréer la molécule de façon artificielle pour la commercialiser.

L’exemple le plus connu est l’aspirine, qui provient de l’écorce de saule et de la reine-des-prés.

Il y a plus de 2 000 ans, Hippocrate conseillait déjà une préparation à partir d’écorce de saule blanc pour soulager les douleurs et les fièvres.

Et il a fallu plus de 100 ans aux scientifiques modernes pour reproduire artificiellement les mêmes effets. Ils ont commencé par isoler le principe actif contenu dans le saule, l’acide salicylique.

Le problème, c’est que seul, l’acide salicylique provoque des saignements gastriques, et il a fallu le modifier pour créer l’acide acétylsalicylique, moins irritant, et aujourd’hui connu sous le nom d’aspirine.

Mais l’aspirine n’est qu’un exemple parmi d’autres :

  • La grande majorité des antibiotiques sont produits à l’origine par des êtres vivants (champignons, lichens, végétaux…). La pénicilline par exemple, a été découverte par hasard chez le champignon Penicillium glaucum.
  • La morphine et la codéine sont naturellement présentes dans les bulbes de pavot. D’ailleurs le pavot était déjà utilisé il y a 5 000 ans par les Sumériens pour ses vertus sédatives.
  • L’émétine, un puissant vomitif, a été découverte en 1817 dans un petit arbre sud-américain appelé ipéca
  • La quinine, médicament contre le paludisme doit son nom au quinquina, un autre arbuste d’Amérique du Sud.

On estime qu’environ 60 % des médicaments seraient issus ou dérivés de substances naturelles[3].

Cela signifie que plus de la moitié des « innovations » pharmaceutiques sont en réalité des remèdes qui existent déjà dans la nature.

Et encore…

Le gros avantage de la plante sur le médicament

Les médicaments sont souvent des copies imparfaites des remèdes naturels.

Quand ils s’aperçoivent de l’efficacité d’une plante, les scientifiques essaient d’isoler la molécule qui produit cet effet : son principe actif.

Après l’avoir découvert, ils tentent de le synthétiser en laboratoire pour le commercialiser.

Mais en réalité, l’efficacité d’une plante ne tient pas à une seule substance, mais à une synergie subtile entre ses différents composants.

L’intégralité de la plante n’est pas équivalente à ses parties.

Les phytothérapeutes appellent cela le totum.

On a vu plus haut que l’acide salicylique causait de graves dégâts dans l’estomac, ce qui n’est pas le cas lorsqu’on utilise le totum du saule blanc ou de la reine-des-prés.

La notion de totum est centrale en phytothérapie. Je ne veux pas trop entrer dans les détails aujourd’hui, mais je vous en reparlerai dans une prochaine lettre.

La nature mériterait plus de respect de la part des médecins

Je suis donc toujours un peu surpris quand je vois le mépris que certains médecins ont pour les plantes médicinales.

Pour eux, il n’y aurait qu’une seule « vraie médecine », celle du tout médicament.

Les plantes ne seraient que des remèdes de grands-mères tout justes bons à soigner les petits bobos…

C’est dommage. Les médecins devraient faire preuve de modestie, et même de respect, vis-à-vis des approches naturelles.

Nous devrions être reconnaissants envers cette nature inspirante, à qui l’on doit la plupart des innovations humaines.

Nous devrions célébrer la richesse de Mère Nature, qui a tant de choses à nous apprendre, que ce soit pour nous soigner ou simplement pour nous surprendre.

Pensez-y, la prochaine fois que vous mangerez des coquilles Saint-Jacques 😉

Amicalement,

Florent Cavaler





4 réponses à “Quel est le point commun entre une coquille Saint-Jacques et un télescope ?”

  1. Patrice BACHELIER dit :

    Bonjour,
    Bravo pour ces constatations sur la provenances des soi-disant découvertes humaines, mais pourquoi attribuer le mérite à la nature qui est une création ( merveilleuse et infinie ) plutôt qu’au Créateur lui-même, qui l’a pensée et réalisée ?

  2. Marie-Hélène Oliete dit :

    Très intéressant

  3. jacqueline DELAHAYE dit :

    merci de completer mes connaissances, j apprecie tous les commentaires que je trouve dans vos lettres…….a 95 ans j ai toujours besoin d apprendre, et je n ai plus tellement de temps……MERCI A VOUS

  4. Maflor dit :

    Merci pour cette excellente approche de la valeur des plantes en tant que remèdes. A quoi s’ajoute la valeur inestimable de rendre le peuple indépendant, dans de grandes proportions, des médicaments pharmaceutiques….

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