J’ai pris un bain dans ma tisane

Chère lectrice, cher lecteur,

J’ai pris une habitude un peu étrange.

Depuis quelques semaines, je ne prépare plus mes tisanes dans une tasse…

Maintenant, je le fais… dans ma baignoire !

Rassurez-vous, je ne souffre pas d’une soudaine soif incontrôlable.

J’aimerais simplement vous proposer une autre façon de profiter des plantes… qui consiste à se baigner dans son « infusion » au lieu de la boire.

L’idée peut paraître saugrenue, mais vous verrez qu’en ajoutant quelques plantes dans votre bain, vous pourriez en décupler les effets sur votre santé.

J’ai testé ce bain après avoir lu un article de la revue de phytothérapie La Pharmacie secrète de Dame Nature paru en fin d’année dernière[1].

C’est une expérience intéressante, que vous souffriez de problèmes chroniques ou que vous souhaitiez simplement passer un bon moment de détente.

Voici quelques conseils et recettes tirés de cet article.

Comment ce moine a « inventé » les bains qui soignent (selon une légende japonaise)

Les bienfaits pour la santé du bain chaud sont connus dans toutes les cultures depuis des milliers d’années : le sauna dans les pays nordiques, le hammam en Afrique du Nord, la hutte à sudation chez les Amérindiens ou encore les onsen japonais, utilisés pour purifier le corps et l’esprit.

Pour les Japonais, cette tradition serait née au tout début du IXe siècle.

La légende raconte qu’à cette époque, le célèbre moine bouddhiste Kobo Daishi méditait au bord de la rivière, au milieu d’une forêt de bambous.

Soudain, des voix le sortirent de son recueillement.

Un enfant était en train d’aider son père malade à se laver dans les eaux glaciales de la rivière.

Pris de compassion, le moine frappa le sol de son vajra et une source d’eau chaude jaillit de la terre.

C’est ainsi que serait née la source de Shuzenji. Et aujourd’hui encore, on organise chaque année des cérémonies religieuses pour remercier le moine d’avoir offert cette eau qui apaise douleurs et maladies[2].

Bain chaud ou bain froid : que faut-il privilégier ?

Contrairement à ce que l’on croit, il n’est pas toujours conseillé de prendre un bain chaud. Selon votre problématique, un bain froid peut être plus adapté.

L’eau chaude (plus de 38 °C) a des propriétés vasodilatatrices : elle dilate les capillaires et les artères. Elle augmente aussi le flux sanguin, la souplesse des vaisseaux et l’oxygénation du sang[3].

On le recommande généralement pour certains problèmes cardiovasculaires ou cognitifs[4]. Ils contribueraient notamment à diminuer le risque de maladies cardiovasculaires chez les hommes et l’hypertension chez les femmes[5].

Des chercheurs japonais ont aussi trouvé qu’elle agirait sur la qualité et la quantité de sommeil[6].

Quant à l’eau froide (moins de 35 °C), elle a à l’inverse un effet vasoconstricteur : elle rétracte les capillaires, ce qui concentre le sang vers l’intérieur du corps et améliore l’irrigation des organes profonds.

Elle agirait également sur la douleur en réduisant la vitesse de la conduction nerveuse, et diminuerait le rythme cardiaque[7].

Les pouvoirs de l’eau, chaude ou froide, sont donc impressionnants… Mais comme je vous l’ai dit, vous pourriez encore multiplier ces effets en transformant votre bain en infusion géante.

Voici trois recettes que vous pourrez tester chez vous.

3 « tisanes » à mettre dans votre baignoire

Votre infusion de bain « spéciale articulations »

Si vous souffrez d’arthrose ou de douleurs articulaires, vous pouvez préparer le mélange de plantes suivant :

  • 1 cuillerée à soupe d’arnica (fleurs)
  • 1 cuillerée à soupe de consoude (feuilles)
  • 1 cuillerée à soupe de reine-des-prés (fleurs)

Ensuite, c’est exactement comme pour les tisanes que vous buvez.

Il vous suffit de mettre ce mélange dans un tissu très fin ou dans un filtre à thé, bien fermé.

Vous pouvez écraser les plantes pour libérer leurs principes actifs et vous le laissez au fond de votre baignoire pendant que vous faites couler l’eau chaude.

Et il ne vous reste plus qu’à déguster… sauter dans votre « tisane ».

Pour plus de bienfaits, n’hésitez pas à frotter délicatement le sachet sur les zones douloureuses.

Votre bain « thé glacé » contre les hémorroïdes

Contre les hémorroïdes, il vaut mieux utiliser l’eau froide, car elle resserre les tissus et soulage l’inflammation et donc la douleur.

Pas besoin de vous plonger entièrement dedans, un bain de siège suffira !

Faites bouillir dans un demi-litre d’eau, les plantes suivantes :

  • 10 g de bourse-à-pasteur (plante entière)
  • 5 g de mauve (fleurs)
  • 5 g de noisetier (feuilles)
  • 5 g de plantain (feuilles)

Versez l’infusion dans un baquet ou une bassine d’eau froide et asseyez-vous dedans pendant une dizaine de minutes.

Votre spa gourmand « miel et lavande » pour vous détendre

J’aimerais encore vous proposer une dernière recette, plus gourmande, qui plaira à toutes celles et ceux qui cherchent un moment de détente.

Cette fois-ci, pas de plantes séchées, mais des huiles essentielles.

Dans un bol, mettez 1 cuillerée à soupe de miel liquide et ajoutez :

  • 10 gouttes d’HE de lavande vraie
  • 5 gouttes d’HE de camomille romaine
  • 5 gouttes d’HE d’orange douce

Versez ensuite le contenu du bol dans l’eau du bain et mélangez énergiquement pour bien disperser la préparation.

Attention, si vous souhaitez utiliser d’autres huiles essentielles, vérifiez bien qu’elles ne posent pas de problème en application cutanée. Évitez celles qui sont dermocaustiques ou photosensibilisantes comme la bergamote, le citron, la sarriette, le clou de girofle, la cannelle ou encore l’origan.

Une dernière remarque : les huiles essentielles ne se dissolvent pas dans l’eau.

Il faut donc les mélanger à du miel ou à du sel.

Le sel à un autre avantage, il dilate les pores de la peau et permet une meilleure assimilation des principes actifs contenus dans les plantes et les huiles essentielles.

Pour maximiser leurs effets, vous pouvez donc ajouter une ou deux grosses poignées de sel de mer non raffiné à votre bain.

De quoi transformer votre tisane en bouillon…

Amicalement,

Florent Cavaler





[1] Bonbons chamallows l’original Haribo – 200g, Ingrédients / Composition, Franprix.

[2] Adeline Baccam, LES PROPRIETES DE L’ALOES, DE LA GUIMAUVE ET DE LA REGLISSE DANS LA PRISE EN CHARGE DU REFLUX GASTRO-OESOPHAGIEN, Thèse de doctora de pharmacie, Faculté de Pharmacie Aix, Marseille Université, 21 octobre 2021.

[3] Christophe BERNARD, GUIMAUVE : PRÉPARATION DE LA RACINE, Althea Provence, 3 novembre 2012.

[4]Bouvet Maurice. Les pharmaciens fournisseurs de la famille royale au Temple (1792-1794). In: Revue d’histoire de la pharmacie, 46ᵉ année, n°158, 1958. pp. 337-345.

[5] Le jardin du guérisseur de Charlemagne à Érasme, L’art de guérir par les plantes du Moyen-Âge à la Renaissance, Hildegarde de Bingen, Astrolabium.

[6] Adeline Baccam, LES PROPRIETES DE L’ALOES, DE LA GUIMAUVE ET DE LA REGLISSE DANS LA PRISE EN CHARGE DU REFLUX GASTRO-OESOPHAGIEN, Thèse de doctora de pharmacie, Faculté de Pharmacie Aix, Marseille Université, 21 octobre 2021.

[7] The Complete German Commission E Monographs – Therapeutic Guide to Herbal Medicines, American Botanical Council, 1998.

[8] Phytothérapie : Guimauve, Vidal, Août 2012.

[9] Herbal medicines of human use, EMA, 2010.

3 réponses à “J’ai pris un bain dans ma tisane”

  1. Druart Josiane dit :

    Bonjour, ici en Polynésie c’est aussi comme ça que ça se passe. On prépare les tisanes dans des grandes marmites, puis on en prélève un peu pour boire, et le reste sert au bain chaud ou froid. En général après le bain, on pratique un massage au monoï de tiare.
    Bonne journée 🌺

  2. DUCHENE ANNICK dit :

    aujourd’hui on trouve de moins en moins de baignoires … on fait comment ?

  3. Martine Dauphin dit :

    Je suppose que ces bains sont très agréables et bénéfiques.
    A l’heure actuelle peut-on encore s’offrir le luxe de prendre des bains?
    A moins de faire partie d’un traitement pour une maladie importante, je trouve que c’est une grande gabegie d’eau.
    Pensons aux générations futures.

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